Commentaires de l'actualité politique locale, nationale et internationale
Par Eriam
"Ma Bonne Grande,
Je t’ai écrit ce matin longuement. Cet après-midi je suis allé promener avec quelques camarades dans les bois. Ceux-ci sont superbes et embaument le muguet. J’étais émerveillé mais parti gaiement
j’en reviens affreusement triste. Quand reverrons-nous le lieu où nous allions avec les enfants, ma Madelon et mon Jean, courir dans les forêts de l’Isle-Adam et de St-Martin-du-Tertre ? Mon
Dieu que c’est dur de vivre ainsi loin et séparé de ceux qu’on aime tant !
Comme j’étais occupé à cueillir du muguet, un obus allemand de 105 vint éclater à une trentaine de mètres de l’endroit où j’étais. Obus stupide qui va taper, sans but appréciable et mort encore
plus stupide et sans résultat que celle-là.
Recevoir une blessure à son poste ou dans une attaque, soit, mais de cette façon...
Je t’envoie
ci-joint, trois petits brins de muguet.
Au revoir, ma Bonne Grande, pardonne-moi de te faire part de ma tristesse, mais cette promenade m’en rappelle tant d’autres et je me sens si seul et si loin..."
Lettre écrite le 16 mai 1915 par Alexandre Jacqueau à sa femme.
Entre son départ de Paris-gare du Nord en août 1914 et sa mort dans une tranchée du
Bois des Caures en juillet 1915, Alexandre Jacqueau n'aura jamais revu sa femme ni ses deux enfants. Sachant lire et écrire, il eut toutefois le privilège de pouvoir échanger des lettres avec sa
femme. C'est cette correspondance qui est ici retranscrite sous la forme expurgée dans laquelle sa veuve les fit publier dans un ouvrage familial, quelques années plus tard.
Souvenons-nous.
Eriam
Texte et photo : courtoisie du Web
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